Thèse Iatrogénie de l'Échographie de Surveillance de Grossesse Impact des Faux Positifs sur la Santé Mentale Maternelle et l'Interaction Mère-Enfant - Approche Multi-Cohortes Echo-Stress Serein-Nt H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université de Toulouse École doctorale : BSB - Biologie, Santé, Biotechnologies Laboratoire de recherche : CERPOP - Centre d'Epidémiologie et de Recherche en santé des POPulations de Toulouse Direction de la thèse : Christophe VAYSSIERE ORCID 000000017057768X Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-01T23:59:59 Contexte
L'échographie de surveillance de la grossesse connaît en France, depuis 2022, une forte augmentation des faux positifs, sous l'effet conjugué des nouvelles recommandations de la CNEOF (Conférence Nationale d'Echographie Obstétricale et Foetale), du changement des courbes de croissance de référence (OMS, Intergrowth) qui multiplie par 8 à 10 la proportion de foetus classés sous le 10 percentile pour le périmètre crânien, et d'une pression médico-légale croissante. À cela s'ajoute, depuis 2025, le dépistage sérologique systématique du cytomégalovirus (CMV) recommandé par la HAS, source d'une nouvelle vague de faux positifs anxiogènes. Or, la littérature évaluant l'impact psychologique de ces faux positifs est très pauvre : l'étude pionnière de Viaux-Savelon (2012), qui portait sur les 'petits signes échographiques' ne portait que sur 19 cas de faux positif de trisomie 21 avec 19 témoins sans signe de trisomie 21 ; les données qualitatives récentes (Tripathi 2024) confirment un retentissement prolongé sur la santé maternelle mais ne quantifient pas le phénomène en population.
Hypothèse et objectif
L'exposition à un faux positif lors d'un acte de dépistage anténatal - qu'il soit échographique (petit périmètre crânien, hyperclarté nucale) ou sérologique (CMV) - est associée à une augmentation des scores d'anxiété et de symptômes dépressifs maternels et à une altération de l'interaction mère-enfant, persistant jusqu'à 2 mois du post-partum. L'objectif est de quantifier cet impact populationnel et de produire des données utiles à la révision des recommandations (CNEOF, HAS) et à la mise en place de dispositifs d'accompagnement ciblés.
Programme de recherche
Trois axes complémentaires partageant un cadre méthodologique commun (cohortes prospectives exposés/non exposés, outils validés STAI-Y, EPDS, PCERA) seront envisagés :
1/ ECHO-STRESS - étude observationnelle prospective monocentrique sur les faux positifs de petit PC, soutenue par un APP de l'Agence de la biomédecine, dont le directeur de thèse est l'investigateur-coordonnateur ;
2/ SEREIN-NT - étude bicentrique Bordeaux-Toulouse sur le vécu parental dans le parcours d'hyperclarté nucale (190 patientes, 4 temps de suivi), pilotée par le Dr Bouchghoul (Bordeaux), le directeur étant co-investigateur ;
3/ CMV-2026 - étude prospective à concevoir pendant la thèse, évaluant l'impact du dépistage CMV systématique sur la santé mentale maternelle, avec des critères de jugement alignés sur ECHO-STRESS pour permettre une analyse intégrée transversale en fin de thèse.
Retombées attendues
Trois articles internationaux à comité de lecture, communications en congrès (SMFM- Society Maternal Fetal medicine, Congrès mondial de médecine foetale, Journées nationales annuelles du CNGOF), argumentaire scientifique pour faire évoluer les recommandations CNEOF et HAS, et identification d'un facteur de risque potentiellement évitable de dépression du post-partum et de troubles précoces de l'interaction mère-enfant. Le projet s'inscrit pleinement dans les thèmes 1 (santé périnatale et trajectoires neurodéveloppementales) et 3 (fragilités psycho-sociales et santé mentale) de l'équipe SPHERE du CERPOP.
Le nombre d'examens et de signes échographiques requis lors du dépistage obstétrical n'a cessé d'augmenter au cours de la dernière décennie (CNEOF 2022, nouvelles courbes de croissance OMS/Intergrowth), entraînant une multiplication des situations de faux positifs. Au CPDPN de Toulouse, le nombre d'adressages pour suspicion échographique a doublé en deux ans. Or, les rares études disponibles montrent que ces faux positifs sont associés à une multiplication par 3 à 4 du risque d'anxiété, de symptomatologie dépressive et d'altération des interactions précoces mère-enfant à deux mois du post-partum (Viaux-Savelon et al., 2012 ; Thirup et al., 2022 ; Tripathi et al., 2024). La littérature reste pourtant pauvre, et les soignants du diagnostic prénatal demeurent principalement focalisés sur la sensibilité du dépistage, sous-estimant le coût psychologique des alertes ultérieurement levées. Cette thèse s'inscrit dans une démarche d'épidémiologie de l'iatrogénie en médecine foetale, en lien avec l'axe « santé materno-foetale » de l'équipe SPHERE (CERPOP, Inserm UMR 1295) Objectif principal : quantifier l'impact des faux positifs de l'échographie obstétricale de dépistage sur la santé mentale maternelle (anxiété, symptomatologie dépressive) et sur les interactions précoces mère-enfant, mesurées dans le post-partum.
Objectifs secondaires :
1/ identifier les déterminants cliniques, échographiques, sociodémographiques et organisationnels associés à un retentissement psychologique sévère ;
2/ modéliser un score de risque psychologique permettant d'orienter précocement les patientes vers un accompagnement adapté ;
3/ formuler des recommandations pour l'information des patientes, la formation des échographistes et la révision éventuelle de certaines recommandations de dépistage (CNEOF). Le projet doctoral combinera plusieurs approches méthodologiques quantitatives en épidémiologie clinique :
- analyse d'études observationnelles prospectives bicentriques (CHU de Toulouse et de Bordeaux), notamment les cohortes ECHO-STRESS (faux positifs de petit périmètre crânien) et SEREIN-NT (vécu de l'hyperclarté nucale), incluant des effectifs cibles de 190 à 250 patientes avec suivi longitudinal multi-temps (T0-T3) ;
- mesures standardisées par échelles validées : STAI-Y, HADS-A, EPDS, PSS-10, et évaluation des interactions mère-enfant par la PCERA ;
- analyses statistiques avancées sous Jamovi et R : modèles de régression multivariée, analyses de médiation, formalisation des hypothèses causales via DAGitty ;
- élaboration et validation d'un score prédictif d'orientation psychologique.
Le profil recherché
Le ou la candidat·e devra être titulaire (ou en cours de validation) d'un Master 2 en santé publique, épidémiologie, biostatistique ou équivalent. Une formation initiale ou un parcours croisant sciences quantitatives et santé sera particulièrement appréciée.
ompétences méthodologiques attendues : solides bases en épidémiologie analytique et en biostatistique (régression linéaire et logistique, analyses multivariées, méthodes longitudinales) ; maîtrise d'au moins un logiciel d'analyse statistique (R, SAS) ; familiarité avec la formalisation causale (DAGitty) appréciée ; capacité à conduire une revue de littérature structurée et à manipuler des bases de données cliniques.
Compétences transversales : rigueur méthodologique, capacité d'analyse critique, autonomie dans la conduite d'un projet de recherche, aptitude au travail en équipe pluridisciplinaire (épidémiologistes, cliniciens, psychiatres, biostatisticiens), bonne communication écrite et orale.
Connaissances appréciées : une sensibilisation à la santé périnatale, à la médecine foetale ou à la santé mentale périnatale sera valorisée, sans être un prérequis indispensable. Une ouverture vers les approches qualitatives complémentaires sera également appréciée.
Langues : français courant indispensable (échanges avec l'équipe de recherche, les équipes cliniques et les patientes incluses), anglais scientifique opérationnel pour la lecture critique de la littérature et la rédaction d'articles internationaux.